Quelle presse pour quelle liberté?


 
Comme de coutume, il se veut nécessaire de revenir sur la question de la liberté de la presse au Maroc, de pleurer quelques larmes sur les éditions censurées ou carrément écrasées, sous le joug d’un pouvoir arbitraire dont les mâchoires sont plus agressives que la défense de la squadra azura. Aujourd’hui, mesdames et messieurs, on fête la journée mondiale de la liberté de la presse, et notre cher ami Larbi.org n’a pas manqué de sortir sa grosse artillerie pour défendre les idées qui lui sont acquises dans ce sens.  En effet, Larbi connu pour ses motivations solides d’anti-makhzenien endurci, a ouvert le feu sur le pouvoir marocain qui tient des  positions ambigües et dénuées de tous sens, à la fois en faisant croire à une transition démocratique faite d’ouverture et de liberté d’expression, mais se garde le privilège de fouetter toute âme téméraire qui irait croire à un domaine sans garde-fous. Or, dans cette affaire, les journalistes et la presse en général ne sont pas toujours innocents, il y a une nuance à se faire et pour cause…
 
Au Maroc, et depuis l’avènement du nouveau règne, il y a eu beaucoup d’encre qui a coulé dans tous les sens, des suites de plusieurs cas d’emprisonnements, de condamnations et des amendes astronomiques, de saisies de revues, de fermeture de journaux et autres jugements plus ou moins sévères, à l’encontre de journalistes et autres tribunes d’opinion libre. Je ne cacherai pas ma solidarité avec les personnes ayant été lésées, et mon soutien à la cause de la libre expression face à un système judiciaire plus royaliste que le Roi, qui fait du ridicule sa foi inébranlable, sans se soucier de l’importance de la mission qui lui est confiée. Cependant, je ne manquerais jamais de nuancer mes propos et ma position du même biais, chose que j’ai appris à faire dans ce bas pays où personne n’est vraiment innocent quand on y regarde bien.
 
A la question que s’est posée Larbi, moi je réponds à l’unisson avec Hmida avec un tout autre questionnement : « Quelle liberté pour quelle presse au Maroc ? » ! S’il est vrai que le pouvoir n’y vas pas par 36 chemins pour sanctionner et lourdement les dépassements hasardeux et même savants des lignes rouges, il est tout aussi vrai qu’il existe dans ce pays, de véritables fous de la plume qui ne savent pas que la liberté d’expression est doublée d’une certaine responsabilité, d’abord envers les personnes traitées de tous les torts dans les sujets soulevés, puis envers le lecteur pièce maitresse dans le puzzle. Si Barak Obama, a dit au tout début de son investiture que nulle démocratie ne peut subsister sans la présence d’une presse autonome libre et puissante, et que ses propos soient facilement vérifiables si l’on mesure l’impact des médias dans le façonnement du système politique aux états unis, il n’est pas tout aussi facile de faire une parallèle avec le Maroc, précisément, pour ne pas parler de plusieurs pays arabes. La particularité de notre pays, c’est d’abord le fait que nous ne soyons pas une vraie démocratie au sens propre du terme, si on en a les traits majeurs, à savoir tous les mécanismes politiques qui font notre paysage, mais de l’autre coté, nous ne disposons pas d’une vraie presse, responsable et impartiale. Les rares éditions qui constituaient la pierre angulaire de la presse marocaine ont été soit victime de leurs erreurs administratives, soit contraintes de mettre la clé sous la porte par la pression et l’arbitraire de la loi marocaine. Ici je ne manquerai pas de dénoncer et de crier à la honte !
 
Cependant, qu’en est-il du reste des tribunes qui sont soit des harengs populistes bien markettés pour vendre de l’espace publicitaire soit des éditions indécentes aux lignes éditoriales trash, n’ayant là aussi que le souci de vendre, et au passage véhiculer des idées saugrenues, sensées être le sacro-saint de la modernité? Répondez à cette question, vous et vous aurez tout compris!
 
Entre la réalité de la liberté de la presse au Maroc, et la presse marocaine tout court, il devrait y avoir un questionnement très intelligent. Il ne suffit pas de réclamer l’impunité pour les délits d’opinion, mais de réclamer à ces gens là même qui ont une opinion de savoir en assumer la responsabilité. Je ne suis pas un pro makhzenien qui gobe l’hameçon du pouvoir et défend l’indéfendable, mais je persiste et je signe que sans une presse compétente et pertinente, ayant plus le souci d’exercer son pouvoir de critique que celui de vendre de la pub, il y aura toujours des cas de lèse majesté et autres exactions envers les journalistes, intègres soient-ils ou pas, et ce sans que ça ne crée l’unanimité de la position que prendra le peuple. 

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  1. #1 by de passage on 3 mai 2010 - 15:26

    Voici donc la question! Je pense que si vous avez eu le courage de tenir ce discours, c’est que vous savez ce que vous faites. Au maroc vous êtes renégat ou vous etes un vendu au makhzen, il n’y a hélas pas de position médiane et c’est ce qui est regrettable car ça nuit à la qualité du débat et ça ne donne pas d’alternatives concrètes.
    je suis de votre avis que la liberté d’expression n’est pas un acquis absolu et qu’elle va avec une certaine qualité de rendu et une pertinance de critique, la responsabilité découle automatiquement de ces deux facteurs. Le Maroc et les marocains doivent comprendre cette donné tangible et composer avec!
    Bonne continuation et bravo pour le blog, l’un des rares espaces où je me suis senti à l’aise.

    • #2 by Robin Des Blogs on 3 mai 2010 - 15:44

      Tant qu’il y aura de vie il y aura d’espoir. Ce qui compte en fin de compte c’est que la jeunesse marocaine qui est entrain de monter en puissance, sache composer avec le caractère important de la gestion de la liberté qui n’est et n’a jamais été l’apanage des autres, elle est innée et acquise de fait de de droit, mais elle reste sujette à la caution de la raison et de la responsabilité. En sachant faire usage de notre liberté d’expression et de la liberté tout court, on contribue à l’éducation des masses.

  2. #3 by le_libre on 3 mai 2010 - 15:39

    Ce qui m’emmerde avec le Maroc et les marocains, c’est qu’ils croient tout pouvoir faire en l’ecrivant sur un blog!! Non mais je rêve ou est ce que vous avez perdu le nord! Vous pourrez toujours palabrer et dire ce que vous voudrez rien n’y changera! La justice au maroc n’est pas prête d’evoluer et ce sera toujours david contre goliath sauf que c’est le gros qui gagnera cette fois et toutes les autres. Il n’y a aucune perspective ni aucun questionnement à se faire. Le Maroc est une terre pourrie et il le restera tant que le peuple n’aura pas compris le mot révolution!!!!

    • #4 by Robin Des Blogs on 3 mai 2010 - 15:46

      Je pense que tu as tort de croire que nos paroles soient vaines, puisque toute révolution (comme tu y appelles) se bâtit sur une base, et cette base se forme par le dialogue, le débat et surtout la communication de la pensée. Si on se taisait tous, crois-tu qu’on arriverait à faire quelque chose de notre lendemain? Autant parler alors et faire que nos paroles soient les plus correctes possibles du moins dans l’orientation du débat. Après, advienne que pourra, on aura toujours fait notre part des choses!

  3. #5 by hmida on 3 mai 2010 - 15:40

    Je retiens de ton billet, dont je partage l’orientation, cette phrase : »Il ne suffit pas de réclamer l’impunité pour les délits d’opinion, mais de réclamer à ces gens là même qui ont une opinion de savoir en assumer la responsabilité. »

    En fait, LIBERTÉ implique RESPONSABILITÉ! L’équation est simple!

    • #6 by Robin Des Blogs on 3 mai 2010 - 15:48

      Tout à fait mon cher Hmida, il y a un corrolaire qu’il ne faut pas omettre et qui lie la liberté à la responsabilité, mais il ne s’agit pas là de rendre les journalistes totalement coupables de ce qui leur arrive, car il y a bien des cas d’abus de pouvoir et d’arbitraire. Nous avons besoin d’une nouvelle pensées, d’une justice impartiale, de partis politiques qui sachent imposer la force de la loi claire et non ambigüe et enfin d’un peuple averti et sensible à ces phénomènes qui le touchent l’ait-il voulu ou pas.

  4. #7 by massoud on 5 mai 2010 - 14:28

    « mais je persiste et je signe que sans une presse compétente et pertinente, ayant plus le souci d’exercer son pouvoir de critique que celui de vendre de la pub, il y aura toujours des cas de lèse majesté »

    Tu a tout faux! Il y a aura toujours des cas de lèse majesté tant que les lois rétrogrades qui punissent le lèse majesté existent. C’est là que réside le problème et non dans la morale des éditeurs de presse.

    Que le souci de l’éditeur soit de vendre de la pub, de critiquer le régime, de montrer des seins nus, de populariser la physique quantique, ou de rabattre des pigeons pour un parti politique ne change rien au caractère autoritaire des lois limitant la liberté d’expression au Maroc (les fameuses « Lignes Rouges »).

    C’est pas honnête d’obfusquer le débat en blâmant la victime. Tu ne voudrais quand même pas que la personnalité publique la plus influente du pays (qui a le droit de vie et de mort sur 35 millions de sujets) soit au dessus de la critique au nom d’une soit-disant « sacralité »? Ce serait absurde!

  5. #8 by Robin Des Blogs on 5 mai 2010 - 15:50

    @massoud: Merci tout d’abord pour ta franchise et ta relance du débat. En suite, pour te répondre, je n’ai qu’une seule chose à te dire: Si le roi est sacrée c’est dans le volet personne et non celui réalisations. La presse fait des clichés autour de la personne du Roi et non critique son travail et c’est là que les pinceaux s’entremêlent.
    Le débat d’idiées n’a jamais été le fort de la presse marocaine, et le fait que je lui incombe cet ecart ne veut pas dire que je suis du coté du bourreau et que j’approuve le joug de l’Etat, non! J’ai bel et bien dit qu’il fallait une certaine responsabilité et une maturité de la presse pour d’abord instaurer un débat saint et pondéré, d’idées et non de personnes, puis une pression logique va s’installer, sans le sens de désacraliser le Roi, du moins dans la perception critique de son travail.
    Je ne prétends pas dire toute la vérité cher ami, et j’ai toujours cru au débat pour justement trouver un consensus, voire suggérer un moyen ou une solution.
    Merci pour ton passage et sois le bien venu quand tu le voudras.

  6. #9 by massoud on 5 mai 2010 - 17:47

    @RDB:

    > « Si le roi est sacrée c’est dans le volet personne et non celui réalisations »

    A d’autres! Devrait je te rappeler la censure immonde du fameux sondage Le Monde/Tel-Quel de 2009 qui portait exclusivement sur le volet des réalisations?

    Le volet personnel est fair game pour un chef d’état. S’il ne veux pas que des jugements soient passés sur sa personne, qu’il sorte de la sphère publique tout simplement.

    > « La presse fait des clichés autour de la personne du Roi »

    Classifier quelque chose comme « cliché » est chose totalement subjective.

    De plus, tout analyse objective du sujet relèverait que la majorité des « clichés » autour de la personne du roi émanent des medias pro-Mahkzen. Le roi nous est présenté comme un saint capable de miracle.

    > « et non critique son travail »

    Même en plébiscitant son travail, la presse se fait censurer car « la monarchie ne peux être mise en équation » (dixit le porte parole du gouv’).

    Si tu crois vraiment en ce que tu dis, c’est que tu te mens effrontément.

    > « Le débat d’idiées n’a jamais été le fort de la presse marocaine »

    Je conteste cette assertion. Tu doit être trop jeune pour avoir connu la presse post-indépendance. La seule presse que tu connaisse est celle qui s’est faite couper les gonades par la monarchie.

    > « et le fait que je lui incombe cet ecart ne veut pas dire que je suis du coté du bourreau et que j’approuve le joug de l’Etat »

    En parlant d’écart, ton grand-écart est intenable intellectuellement. Tu peux nuancer tant que tu voudras, mais ce qui ressort de ton billet est une accusation de la presse plus prononcée que celle du bourreau.

    Ta position me rappelle celle d’un ami dont la soeur etait victime de viol. L’ami en question ne trouva rien de mieux à dire que « si elle te couvrait le visage et n’allait pas à l’école, ceci n’arriverait pas! ».

    Tu ne comprends peut etre pas ce que le mot « liberté » signifie. Je t’invite donc à étudier le sujet.

    http://fr.wikipedia.org/wiki/Libert%C3%A9

    > « J’ai bel et bien dit qu’il fallait une certaine responsabilité et une maturité de la presse pour d’abord instaurer un débat saint et pondéré, d’idées et non de personnes, puis une pression logique va s’installer, sans le sens de désacraliser le Roi, du moins dans la perception critique de son travail. »

    Relis ce passage. Tu sous-entend que ce n’est pas la faute du bourreau, mais celui de la victime. D’après toi, la presse serait justement punie par le système pour son manque de « responsabilité » et de « maturité ».

    Je crois en ta bonne foi, cher Robin. Mais la propagande du Makhzen semble avoir tellement court-circuiter certains de tes neurones que tu ne distingues plus le bourreau de la victime. J’espère que tu seras plus rigoureux dans tes prochains billets et que n’aurait plus avoir à exposer les béantes failles dans ton raisonnement.

    Sincèrement,

    Massoud Benkirane

  7. #10 by Robin Des Blogs on 5 mai 2010 - 18:28

    @Massoud: Alors là, je ne vais même pas te relire pour dire que tu as raison. Certains vont penser que je suis influençable, mais je m’en fous, il se trouve que tu as raison sur plusieurs points. Cependant, n’est ce pas là mon opinion et ma position? Je suis tout aussi libre de penser même à tort ce que je pense, et si je partage ma pensée aujourd’hui c’est aussi dans le sens du débat et non du docte. J’ai appris des choses à vous lire, vous au moins vous ne m’attaquez pas personnellement si vous n’êtes pas d’accord avec mes idées.
    Sur ce, si vous sentez le besoin de faire votre propre analyse sur les colonnes de ce blog, vous êtes le bien venu et c’est avec plaisir que je vous publierais.

(ne sera pas publié)