Audaces Fortuna Juvat
Article tagué Souvenirs
Le train qui emporta mon coeur
28/07/10
En Mai 2000, je venais de boucler mon troisième mois de travail chez cette société à la renommée internationale, au centre d’appels, la ruche comme aimait l’appeler Rachid, un de mes meilleurs amis et collègue. Ma première expérience professionnelle à proprement dire, et la dernière, puisque je n’ai travaillé que pour cette maison durant toute ma carrière qui a connu l’évolution, la réussite et l’échec aussi, mais rien ne vaut ma première année là bas, celle de tous mes beaux souvenirs à Rabat . J’avais 23 ans, beaucoup d’ambition et plus de cheveux sur le crane qu’aujourd’hui ! C’était une époque de ma vie, où toutes les promesses d’un bel avenir m’étaient données, car j’avais un travail bien payé, je m’habillais comme un prince et je faisais la navette entre Kenitra et Rabat, ce qui me permettait de beaucoup méditer, de lire mais d’écrire. Si la passion de mettre ma pensée, mon vécu et mon imagination en exergue, ne m’a jamais abandonné, depuis le jour où j’ai découvert ce plaisir, elle avait été accrue et pris un autre sens, avec la transhumance qui rythmait ma vie durant ces années là. Mes voyages (symboliques puisque le trajet de la navette était plus un transit qu’autre chose) matérialisaient mes fredaines imaginaires que n’égalait que la métaphore de mon verbe puéril, et me permettaient au fil du temps, au gré de mes rencontre dans le train, et autres faits divers de tisser de véritables trames à ce livre que je n’ai jamais écrit.
Le premier jour du reste de ma vie
27/07/10
Ce matin, je prends le train, encore, pour une destination que je n’aime plus et dont j’aimerais faire le trajet pour la dernière fois. Je m’en vais à El Jadida, ville de ma torture et de cette déchirure qui m’a scindé, à tout jamais, en deux parties distinctes, au propre comme au figuré. Je m’en vais, vivre quelques jours, quelques semaines encore, sous le joug d’une terre qui ne me signifie que des malheurs, bien qu’il y vive des gens dont je me suis fendu d’amour dès le premier jour, pour toujours, et n’emporte avec moi que l’espoir d’une délivrance incessante.
Voyage à l’autre bout de moi…
30/06/10

Requiem pour une douleur
16/05/10

36 Au CHP d’El Jadida
27/04/10
Quand j’ai téléphoné à mon psy ce matin, je suis resté longtemps à réfléchir au pourquoi de sa demande de me voir, non à son cabinet comme de coutume, mais à son bureau au service psychiatrie de l’hôpital Mohamed V, où il était également responsable. Le CHP Med V d’El Jadida ne m’est pas inconnu, je l’ai visité à maintes reprises car j’ai des amis et autres voisins qui y travaillent, et vu que mon bureau se trouve à quelques pâtés de maisons de là bas, j’y allais souvent pour profiter des pris de la cantine.
Ce matin, et en traversant le portail, je le voyais différemment, j’y entrais d’un autre pied. J’étais un patient comme tous ceux qui pullulaient dans les allées de l’immense édifice, ou jonchaient le sol et les trottoirs d’en face, attendant l’heure de leur osculation, chacun pour son mal, chacun de sa propre douleur tue, criée voire exagérée des fois. Ce matin là, j’avais une envie bizarre de rendre et je sentais pour la première fois, l’odeur infecte de la maladie, les senteurs cliniques, typiques de pareils endroits. En me dirigeant vers le service de psychiatrie, je feintais le pas, je faisais attention à ce qu’on me prenne pour le visiteur que j’ai toujours été, tentant tant bien que mal de dissimuler ma crainte qu’on sache le pourquoi de ma présence et qu’on me posasse des questions auxquelles je n’aurais osé répondre, ni par un mensonge ni pas toute la vérité, car je ne connaissais ni l’une ni l’autre.




