Articles contenant le tag Arrestation

Ould Salma Libéré, mais…

La pseudo RASD a émis un communiqué de presse, à la vite fait, via l'agence de presse Sahraouie, ce matin, dans lequel elle annonce son intention de libérer Mustapha Ould Salma, en réponse aux requêtes émises par les organisations internationales des droits de l’Homme. Pour rappel, Moustapha Selma a été arrêté le 21 septembre dernier à Mheriz (territoires libérés) pour répondre à plusieurs chefs d’accusations dont la principale est l’espionnage en faveur d’un pays en guerre avec la "République sahraouie" Cette décision, si elle fait chaud au coeur, doit nous donner matière à méditer puisque c'est, à mon avis un grand coup sur l'échiquier… Lire la suite »

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Garde à vue au Maroc

Je n’aurais pas pu traiter ce sujet avec autant de pertinence, si je n’avais pas vécu les affres d’une garde à vue au Maroc. S’il est vrai que le système pénitencier dans notre pays est connu pour ses écarts et toutes ses défaillances de fond comme de forme, personne jusque là ne s’est intéressé à la situation des gardés à vue, tant parce que la parallèle entre la geôle du commissariat de police et la cellule du complexe carcéral est facile, et que tout le monde se prête à croire que c’est la même chose, du moment que c’est une privation de liberté dans le processus judiciaire, donc, donnant accès à des droits et des obligations de rigueur, stipulés dans les textes de loi. Ce n’est pas vrai! Il existe une très grande différence entre les deux, juridiquement parlant, mais aussi dans le traitement des détenus sur le plan législatif  humain mais aussi humain. Lire la suite »

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Récit de derrière les barreaux (7)

Ma première matinée dans une geôle, allait être très instructive, même plus que je ne l’avais pensé. Durant les deux jours que j’ai passés dans cet endroit, chaque fois que j’arrivais à un stade d’apprentissage, ou que j’assistais à une scène du genre à vous hérisser tous les poils, je pensais que j’avais atteint le summum, le fameux maximum de la montagne. Cependant, il y avait toujours du nouveau, et pour ne rien vous cacher, chaque geste même des plus normaux avait son pesant de significatif en pareil lieu…

Après avoir terminé la prière du fajr, nous avons regagné notre place en cellule, notre Imam et moi. Notre première remarque à tous les deux, fut l’odeur nauséabonde des toilettes ! C’était encore un tour que nous avaient joués nos sens, puisque lorsqu’on était dedans, on s’était accommodés, vite fait, des éléments qui nous entouraient, mais une fois éloignés de ce milieu, juste les quelques minutes qui nous ont servi de pause religieuse, nous avions repris une vie normale ! On devait encore, supporter quelques instants de souffrance olfactive, pour ne citer que cette référence, avant que nous entrions dans le jeu. Quelques minutes plus tard, je senti le vieux ronfler paisiblement sur mon épaule qui lui servait de coussin, et comme j’étais aussi exhaussé que lui, sinon plus, je fermai les yeux et m’abandonnai à un sommeil salvateur, me permettant de m’évader du lieu plus que d’autre chose. Il n’y avait que cela qui pouvait le faire. Le rêve !

Dans la geôle, il n’y pas de temps, et on ne peut pratiquement jamais savoir quel heure il est, sauf quand la garde est relevée. Et à 6h00 du matin, pendant que je commençais à peine à entamer un songe réparateur, les grilles ont entonné une mélodie stridente, telle une harpe mal accordée, accompagnées des voix de nos adorables gardiens, avec des paroles aussi belles que « Anod adak weld l’9… » ! Un réveil on ne peut mieux, dans un lieu où la violence verbale, les rapports de force et la virilité exacerbée sont une rigueur. Cela me rappelait un documentaire que j’avais regardé il y a quelques années, et qui démontrait comment les langues germaines étaient les meilleurs choix pour le dressage des molosses, car les mots étaient formés de peu de syllabes, une ou deux pas plus, mais aussi par les terminaisons sèches. Une phonétique de pointe, pour mater les toutous qui devaient savoir qui était le maître. Pour nous, les détenus, c’était la même chose. Les policiers, aussi frêles qu’ils pouvaient être, s’armaient de leur vocabulaire le plus ronce et leurs répliques étaient bizarrement toutes débitées sur le DO majeur, mais sans vibrato, ni mélodie, puisque les rimes étaient exclues.

J’aurais aimé lister les magnifiques phrases, toutes faites, que nous entendions, mais comme j’ai peur que l’on aille faire le lien entre cela et mes déboires avec le capitaine Hdidane, je préfère vous laisser improviser, munis de vos souvenirs et de vos connaissances du vocabulaire marocain avec une recommandation particulière pour une imagination débordante, toutes les insanités possibles à écouter dans pareils lieux, surtout si le parolier, avait la muse biaisée par un pouvoir absolu.

Une fois tous les fils de putes, que nous étions pour nos tuteurs improvisés, étaient réveillés et debout sur pieds, nous fûmes priés de nous aligner contre le mur pour l’appel. Ce dernier se faisait selon la date d’entrée, et celle de la sortie possible. Le premier tri, consistait à séparer les éléments qui devaient être déférés le matin même des autres. Ceux là, étaient répartis en fonction de « spécialité », les ivrognes d’un coté, les coups et blessures d’un autre, et plus loin les dealers, les voleurs et violeurs. Il y avait même un pyromane dans le coin, un gentil garçon qui avait mis le feu à tous son village, juste parce qu’il ne trouvait rien à faire, et que personne ne lui donnait plus de travail. Les bleus, comme moi, c’est-à-dire ceux qui devaient encore rester pour encore 24H, étaient laissés dans la cellule, et on leur distribuait du matériel sanitaire pour faire le ménage. Mais attention, là aussi, il faut savoir que c’est le rang que vous avez dans la hiérarchie locale qui fait de vous ce que vous êtes. Pour ne pas faire la « femme », et je m’excuse auprès de toutes les femmes pour cette allusion discriminatoire à mon sens, mais qui est hélas, très réelle dans un univers machiste comme la geôle, pour ne pas dire le Maroc en général ; il vous faut vraiment user de toute la testostérone que vous possédez ou de vos contacts et autres billets de banque, cigarettes et tout objet à valeur d’échange. L’humiliation et la soumission, ont un sens très profond en prison, et si vous ne savez pas gérer votre rang, vous placer parmi les plus forts, vous finirez par faire le sale travail.

Les gardiens distribuaient les ballets, les serpillières et les récipients d’eau au chef de chambre, et c’est ce dernier qui se chargeait de désigner les « femmes ». Commençait, alors, une véritable marrée de yeux doux, que tout le monde faisait au « chefchambré », pour rester fidèle à la dénomination, pour qu’il lui épargne la tare. Lui, avait l’obligation de corroborer son statu par une exécution rapide de la chose, et surtout l’occasion de  se venger encore plus, de toute personne ayant osé froisser ses sentiments. Il tendit le matériel aux trois mastodontes qui lui avaient cherché la petite bête la veille, sans émotions et vida les lieux suivi de nous tous. Il faut que je vous dise, que tout le monde a baissé la tête, évidant de croiser le regard des élus, pour ne pas se voir imposer leur force, et hériter de leur fardeau. Personnellement, je ne risquais rien, puisque j’étais l’ami du chef, mais je pressai le pas, toutefois, pour augmenter mes chances de fuite. Les policiers, eux, se sentirent tout contents de voir les choses ainsi se passer, et eurent même le plaisir de rabaisser encore plus, les « femmes » en leur ordonnant de bien laver les toilettes et de faire briller le plancher.

On les regardait tous faire, et plus les remarques risibles des geôliers étaient acerbes, plus les trois mecs rougissaient de rage. De leur entrée musclée il ne restait plus que des chimères, vieux souvenir d’une suprématie qui leur semblait acquise. Maintenant ils faisaient plus pitié qu’autre chose, et pour moi, cela portait son lot d’émotions, car la leçon d’humilité était flagrante. Quelques minutes plus tard, quand le ménage fut fait, nous regagnâmes la cellule, tandis que des inspecteurs de police commençaient à investir les lieux pour emmener les détenus à déférer au tribunal. Ma surprise fût grande de voir Mou3awiya se faire héler, lui qui ne devait être présenté devant le procureur que Vendredi, comme moi, pour rejoindre le lot, avec sa petite armée de copains. Surpris, tout comme moi, au début, on lui fit comprendre que son père s’était arrangé pour lui faire quitter les lieux, et qu’il allait être libre dans pas longtemps.

En partant, Mou3awiya me fit les bises ainsi qu’à l’Imam, et me fit comprendre qu’il allait me rendre visite un de ces jours au bureau. Moi, je faisais mine de lui rendre les amabilités, mais en fait je ne pensais qu’à une chose, une remarque que peut être, j’étais le seul à faire. Dans le coin, les trois « femmes » nous regardaient avec un rictus aux allures peu rassurantes…

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Récit de derrière les barreaux (6)

Je n’avais pas beaucoup mangé ce jour là, et cela me réjouissait… J’avais faim, mais je continuais à me calmer l’estomac avec des lampées d’eau et des cigarettes pour ne pas devoir manger, car ce qui rentre dans l’estomac doit en sortir et c’est là que l’histoire révèle sa moralité. Les toilettes ! Pour pisser ce n’est pas un problème, c’est facile de se défaire de son urine debout ou accroupi et c’est vite fait. Cependant, quand il faut passer aux affaires sérieuses, l’humanité en prend un sacré coup et l’on devient proie à sa propre nature…Jamais je n’ai cru pouvoir apprendre autant de leçons, rien qu’à méditer le passage au petit coin, pourtant c’est un geste que je fais tous les jours, qui cadence votre quotidien à vous tous qui me lisez. Or, dans les situations pareilles à celle où je me suis trouvé ce jour là, même une chose aussi simple prend des allures philosophiques et l’on commence à la voir venir de loin, tel un mastodonte qui voile la lumière et réduit la vue…J’ai passé presque une heure (sur l’échelle de la prison c’est quelque chose comme une demi journée), à réfléchir à cette question car je n’avais jamais encore vu personne déféquer devant moi. On ne regardait pas les gens faire, du moins quelques uns qui avaient du respect pour l’autre ou juste du dégout face à une telle situation, pourtant il y’en avait qui adoraient reluquer un tel spectacle. Comme il ne se passait pas grand-chose entre une nouvelle vague de clients et une autre, on s’occupait comme on pouvait, et regarder un mec chier, était une partie de plaisir réservée à un public prêt à tout consommer, pourvu que ça l’aidasse à passer le temps et à rigoler, avec les effets sonores et les faciès que produisaient certains acteurs. Je sais très bien que pour vous, cela relève d’une mesquinerie absolue, mais croyez moi, ceci est une grande leçon pour tous. Cela vous apprend que la dignité n’a pas de prix !

Après la bastonnade, et quand les choses se furent calmées, la cellule a retrouvé un calme relatif, seules les conversations à voix basse continuaient à meubler le silence des lieux. Les flics s’amusaient à faire les mots fléchés ou croisés, tandis que ceux qui avaient trouvé le sommeil ronflaient à pleine narine. Moi, je regardais le plafond en essayant de reposer mon dos et mes fesses qui ont souffert durant tout le temps que j’avais passé à hésiter à m’allonger sur les couvertures douteuses qui me servaient de literie. Je ne me rappelle plus comment ni quand j’ai été conquis par Morphée, ni combien de temps mon sommeil a duré, lorsque le claquement de la porte me réveilla. Un nouveau client a été amené par les policiers, et celui là personne n’a pu le toiser ni lui dire quoi que ce soit. Tout le monde le regardait avec un air éberlué, surtout avec beaucoup de respect, enfin osons le mot…pitié ! C’était  un vieil homme, d’une allure très respectable, vêtu d’une djellaba noire, et sa tignasse ponctuée d’une barbe, blanches comme neige, lui donnaient un air de père Noël marocain, surtout lorsqu’il lança un Salamoualaykoum de sa voix grave.

L’entrée de cet homme, dans ce lieu, allait reverser toute la donne pour moi. Dès que je l’eusse aperçu, je me suis senti comme libéré d’un poids. Je ne sais pas pourquoi, mais cet homme avait une aura protectrice, qui m’a vite submergé et apaisé le cœur. Il ne déclina pas mon invitation à partager mon coin, sans doute, parce que je lui paraissais plus fréquentable que la compagnie qui ne lui aurait pas refusé un tel partage s’il le leur avait demandé. Tout le monde respecte les séniors, même les plus durs des criminels sont presque pliés en deux face à cet homme ou un autre de son âge. Un paradoxe qui tient de notre religion, de notre culture ou de notre société patriarcale. Soit, il me faisait bon de l’avoir comme voisin et surtout de trouver enfin un individu de ma « classe » avec qui partager les longues heures qui me restaient à passer dans cet endroit. Je me présentais à lui racontant presque tout mon périple depuis le bureau jusqu’à la geôle, tout en feintant de me désintéresser de son histoire. Ce qui l’a amené à fouler cette cellule, m’intéressait, surtout avec la série de billet qui commençait à se peaufiner dans ma tête et dont ne me privait que l’absence d’un moyen de transcrire les faits que je vivais. Ayant compris, vite fait le but du jeu, le monsieur me laissa à peine finir mon histoire, qu’il commença par me dire qu’il était Imam de mosquée à Casablanca et que pour faire des travaux chez lui, il a dû emprunter de l’argent moyennant un chèque… Je vous laisse imaginer la suite. Le montant était gros, et ce vieillard m’avait raconté qu’il n’avait qu’une fille, encore en scolarité et que personne de sa famille ne pouvait l’aider, pourtant, il ne semblait pas avoir peur, ni paniquer à l’idée de passer plusieurs mois derrière les barreaux, si les choses tournaient mal et que le plaignant ne retirait pas sa doléance. De cet homme se dégageait une force et une foi inébranlable, face à une fatalité comme la prison, et moi je paniquais depuis des heures pour une futilité paraissant de la taille d’une puce devant la montagne que je venais d’écouter. J’oubliais vite mes peines, et commençai à réfléchir à comment l’aider, comment faire pour qu’il n’endurât pas l’incarcération. Je pensais à Abdelkaddous, à Driss et à tous les amis qui pouvaient contribuer à cette charité, plutôt à ce devoir d’aider un homme qui aurait pu être notre père, et je priais dans mon fond que son adversaire lui accordât une grâce généreuse, par des temps où la pitié est devenue une denrée très rare.

Le muezzin appelât au fajr, nous ne l’entendîmes pas, mais un des geôliers vint réveiller le vieillard, pour le lui dire. Ce dernier se leva et instinctivement m’invita à faire la prière avec lui. Je le regardais avec un air hésitant, au début, parce que n’ayant pas prié depuis le matin du Mercredi et puis vu l’insalubrité de l’endroit, mais je finis par le suivre. Le policier nous ouvra la porte, et nous conduit à la sale d’eau réservée aux employés, rudimentaire mais plus propre que celle que nous avions dans notre cellule. Nous fîmes nos ablutions et notre gardien nous invita à faire la prière dans une chambre qui servait de dortoir aux policiers. Après avoir étendu sa propre couverture par terre, il se désarma, ôta ses chaussures et vint a coté de moi tandis que notre Imam pris les devants. Je me chargeai de l’Ikamat Assalat, le vieillard commença à réciter le coran d’une très belle manière, et brusquement, les barrages tombaient entre policier et détenu, nous devînmes tous égaux devant Dieu, le temps d’une prière. C’était tellement reposant, tellement beau et bon que j’avais souhaité que cela durât  plus longtemps. Je me sentais libre, enivré par les versets que j’écoutais et je ne pouvais pas retenir les larmes qui vinrent chuter de mes paupières, pour me rappeler que c’est justement en me déviant du droit chemin que j’en étais arrivé là…

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Récit de derrière les barreaux (4)

La nuit allait être longue, je le savais, je le sentais bien avant de Mou3awiya, m’indique de demander aux policier en faction une couverture de plus, moyennant des clopes ou un billet de 20DH puisé dans la boite où j’avais laissé mes effets personnels. Je n’ai pas trop osé le faire, au début, de peur que le flic me traitasse de je ne sais quoi, et n’eusse sa chance d’humilier un 3aye9 comme moi…Il faut avouer que les policiers, du moins certains, ne ménagent aucun effort pour vous montrer leur supériorité, l’avantage suprême qu’ils ont, d’abord parce qu’ils sont de l’autre conté des barreaux, et puis car ils sont  des représentants de la loi avant tout !

D’ailleurs, tout ce qui se trouvait de l’autre coté des barreaux avait un autre air  quelque chose de « joli », d’unique. J’enviais tout ce qui était là bas, dans la liberté, même les chats qui rôdaient dans les parages, une fois qu’ils osaient pénétrer dans le sanctuaire des détenus, perdaient quelque chose de leur beauté féline, mais eux, s’en foutaient pas mal de là où ils étaient ! Ils circulaient entre les barreaux, allant d’une cellule à l’autre, à la recherche d’un semblant de nourriture, ou juste pour lézarder le temps de digérer quelques résidus de « 9offa », généreusement offerts par un détenu ou un autre. Les chats étaient libres, comme toujours, les chats étaient beaux…J’adore les chats ! Si seulement l’un deux, ou tous pouvaient venir se blottir contre moi !

Les négociations furent brèves, le policier alla me chercher une couverture, moyennant ce que vous savez, et me permit le luxe d’en choisir une, parmi les chiffons qui se trouvaient dans la cellule vide qui faisait face à celle où on était entassés. Minute ! Il y avait une cellule de vide, très vide, alors qu’on était presque 70 personnes à nous entasser dans un espace réduit !!!! En fait, la geôle se composait de 4 chambres. Une pour les mineurs, où trônait un garnement d’à peine 15 ans, tout seul, une autre pour les femmes, dont les locataires étaient deux prostituées qui passaient leur temps à jacasser et enfin celle ou j’étais enfermé avec mes amis les malfrats. On comprend facilement, que les mineurs et les femmes doivent être séparés des autres, mais alors pourquoi une cellule vide, alors qu’on étouffait à être entassés comme des sardines?!

Le temps passe lentement en pareils lieux. Il est lourd, suffoquant. Tu sens chaque minute qui passe à ne rien faire. Pour un rêveur comme moi, c’était l’aubaine! Personne, ni rien pour m’empêcher de voguer dans les méandres de ma pensée, d’écrire tout ce que je n’au jamais eu le temps de rédiger…Si seulement je pouvais avoir un stylo et du papier! Je me forçais à penser ainsi, pour ne pas me laisser aller à mes angoisses. Les illusions me valaient mieux que la réalité que je vivais et tant que j’y étais je n’avais rien de mieux à faire, que d’essayer de sombrer dans un sommeil qui me délivrerait de cette pression, à laquelle toutes mes tentatives d’évasion avaient, jusque là, échoué! Rien que de penser au mot évasion, mes yeux s’en allaient scruter les barreaux des fenêtres, et mon cerveau entama les calculs trigonométriques…Je restai là, un long moment, à imaginer le scénario d’une fuite orchestrée par mes soins, dont mes camarades feraient une légende. Surpris par mes élans imaginaires, exacerbés par le walou absolu, je me mis même, à regarder à droit et à gauche, pour voir si les flics se sont doutés de quelque chose ! La vache! Je devenais fou !

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Récit de derrière les barreaux..(2)

…Il était 15h00 passées lorsque j’ai mis les pieds pour la première fois, dans le commissariat de la PJ, en tant que « client », moi qui avait l’habitude de venir dans cet endroit qui s’adosse à mon bureau, pour boire un café, voire intervenir auprès du commissaire flane ou flane pour le compte d’un ami ou un voisin. Le décor était le même, les visages étaient les mêmes, le brouhaha aussi, mais je les sentais différemment cette fois! Je n’étais plus libre de bouger comme je voulais, je n’étais plus libre tout court et je setais un malaise qui se formait petit à petit à l’intérieur de moi…Mais je résistais!

Ce qui me faisait le plus mal, c’est les regards des gens, et les question de ceux que je connaissais et qui me voyaient assis là, attendant je ne sais quel miracle pour échapper à cette humiliation. Ce préambule m’était suffisant pour comprendre, une bonne fois pour toutes, ce que ressentaient les gens que je voyais à cette place même, lorsque je venais ici en visiteur. J’en regardais certains avec pitié, et j’en toisais d’autres du haut de mon costard cravate et mes bras dessus, bras dessous avec le chef de la PJ. Aujourd’hui, je suis toujours en cravate, mais ce sont d’autres gens qui me regardent avec pitié, ou me toisent au tour le tour, surtout que je faisais contraste évident avec mes camarades du banc…Quelques minutes suffisaient à me vider de toutes mes illusions, personne n’est venu à mon secours, et ni les amis que je croyais avoir dans le cercle de la police, ni mon français ne m’ont valu un traitement de faveur, hors mis les menottes qui m’ont été épargnées par je ne sais quel égard à quelle situation que j’avais. On me fit entrer dans un bureau, où les deux policiers qui m’ont « arrêté » m’ont fait comprendre que j’étais en garde à vue, et que si je le voulais bien, j’avais le droit de contacter mes proches, avant d’aller en geôle. Je les ai remercié pour le geste, qui était un droit mais bon, tant qu’on sait que certains droits deviennent des privilèges par de telles situations…Je leur ai simplement demandé de contacter Abdelkaddous, un ami bien introduit dans le cercle policier! Je comptais beaucoup sur lui, sachant que je redoutais fort bien, les suites de mon incarcération et ce que je pouvais endurer comme peines avec les individus qui m’attendaient en bas…

Quand Abdelkadous est arrivé, mon billet d’écrou était déjà rédigé, et on m’expliqua que j’allais partir au commissariat central, là où la geôle se trouvait, « gioule » comme ils le prononçaient. Mon ami me rassura, et me promit de me sortir de là, dès le lendemain matin, tandis que je descendais les marches en direction de l’estafette où étaient déjà placés quelques 10 jeunes hommes. Je montai et le zinc démarra en trombe! Les détenus me dévisageaient tous, et moi j’essayais tant bien que mal d’éviter leurs regards, car je savais que c’est de là que tout commençait, surtout que là où on allait, aucune loi n’excite sauf celle du plus fort, ou du plus ancien. Je n’étais ni l’un ni l’autre, et tandis que je réfléchissais au moyen de me défendre durant les 48H00 que j’escomptais passer en si belle compagnie, le fourgon s’arrêta, les portes s’ouvrirent et nous fûmes sommés de vider les lieux avec toute la gentillesse que porte la locution suivante : » Anzel a dak weld l’9…. »!!!

Cette appellation allait bizarrement remplacer mon patronyme pendant les 5 minutes qui suivirent, et pendant que l’on me faisait ôter ma ceinture, ma montre, ma chaine et mon alliance (que je n’ai jamais retirée de mon doigt depuis mon mariage), je devais faire aussi vite que possible, pour éviter à ma mère de se faire traiter de catin, par des hommes dont le seul pouvoir était de porter des uniformes, mais c’était un pouvoir absolu, doublé d’un sadisme incroyablement exacerbé! Je vidai mes poches, dans une boite, pendant qu’un policier me fouillait à la recherche d’une arme ou autre objet coupant, et dès lors que je fût déclaré clean, on me fit remettre mes chaussures, relever mon pantalon et tout de suite après un autre policier nous ouvrit la porte d’une grande cellule, où nous attendaient d’autres convives impatients de nous délester de nos histoires, et surtout de nos clopes…enfin juste quelques uns d’entre nous, qui semblaient des cibles parfaites, moi le premier!!

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